Après avoir picturalement exploré les paysages et les foules, Raphaël Renaud a souhaité pousser ses recherches en s’intéressant aux laboratoires scientifiques et aux usines, lieux offrant une multitude de possibilités esthétiques grâce à un design industriel involontairement séduisant et à l’étrangeté des objets qui s’y amassent. En effet, ce qui a véritablement galvanisé l’artiste, c’est le désordre des laboratoires savamment organisé par ses auteurs et le dynamisme des lignes, procuré par les canalisations et les gaines techniques dans les usines. / Ainsi les nouvelles toiles de Raphaël Renaud sont plus complexes, plus riches et plus oniriques. Même si l’artiste garde un rapport instinctif avec les images qui l’inspirent, images rencontrées par hasard ou prises par lui-même, il fait preuve d’une organisation plus méticuleuse et d’une réflexion plus approfondie. Certaines œuvres, pensées au préalable par ordinateur, sont l’aboutissement d’un montage simple, mais qui déstabilise efficacement le spectateur. S’y ajoute une jouissive profusion de formes et de couleurs que l’on devine comme étant des flacons, des tubes, des appareils énigmatiques, des machines, des déluges de fils électriques. / Mais il est une curiosité qui englobe la totalité du travail de Raphaël Renaud, c’est bien sa position : sa peinture semble se situer au croisement surprenant de trois courants artistiques sans vraiment leur appartenir. Au premier coup d’œil, on serait prêt à parier qu’il s’agit de toiles hyperréalistes. / Mais si certaines parties le sont effectivement, on se détrompe rapidement. Notamment grâce à certains jeux sur la mise au point qui créent des effets visuels inattendus et perturbent la relation à l’image. / On est habitué à une certaine logique photographique – premier plan net, second plan flou ou le contraire. Mais sur certains tableaux, le flou s’installe quelque part entre les deux. On ne parvient plus à hiérarchiser les espaces, à ordonner les plans. Puis, lorsque l’on s’approche, on croit reconnaître une technique héritée de l’impressionnisme, voire du pointillisme. Mais là encore, on ne peut pas affirmer une véritable appartenance. La méthode selon laquelle Raphaël Renaud applique la peinture tendrait plutôt vers l’abstraction. / Constatation que l’on fait lorsque l’on s’approche de la toile. On finit par se perdre dans les objets que l’on avait pourtant identifiés : de près ils ne s’apparentent plus qu’à des bulles ou des molécules qui semblent s’organiser de façon aléatoire. Le résultat est remarquable, d’autant plus que la matière, organisée en couches fines, donne à la surface un aspect presque liquide. Il en découle une sensation de flottement, une quiétude étrange qui contrastent avec une densité protéiforme et multicolore. Natalia Grigorieva //////